Un petit portraits sur Chris trouvait sur le net .....
En une dizaine d'années de “New York Unité spéciale”, la fameuse série policière de Dick Wolf, le fervent catholique Elliot Stabler s'est fait un nom dans les foyers américains.
A la différence de ses collègues de l'USV (Unité spéciale des victimes), l'inspecteur Stabler peut compter sur une femme aimante et quatre enfants très chouettes – et aux dernières nouvelles, un petit cinquième – pour l'aider à oublier les crimes abominables auxquels il est si souvent confrontés. En quelque 200 épisodes et une décennie (depuis 1999), son association avec l'attentive Olivia Benson (Mariska Hargitay) lui a permis de mettre sous les verrous les « rebus de l'humanité », une foule d'ordures, de pédophiles et autres violeurs. Ce qui ne va pas sans heurts.
Perturbé par ces incursions dans les noirceurs de l'âme humaine et de la société américaine toute entière, au fil des saisons, son mariage bat de l'aile, sa violence inhérente finit par rameuter l'Inspection générale des services. Malgré les conseils avisés de ses comparses, dont l'efficace psy du FBI (B.D. Wong) ou le placide boss chauve de la brigade (Dann Florek), rien n'y fait, Stabler a le blues. Le regard bleu vif se fait plus trouble. Dans un épisode, afin de confondre un criminel sexuel notoire remis en liberté, il se fait passer pour un « ami », l'aidant même à ramener de la chair fraîche. « T'es pareil que moi, c'est ça qui te fait peur », lance le suspect à Stabler, lequel tente alors de l'étrangler.
Front bombé et cheveu ras – il reconnaît volontiers en avoir « plus qu'il ne devrait » à l'image –, sourcil soupçonneux, mâchoires serrées, le tout engoncé dans un athlétique costard-cravate, l'Irlandais Elliot Stabler est le flic idéal. Prototype de l'angry man, une qualité reconnue outre-Atlantique, il est (trop) souvent cité pour ses états de fait. La loi et la civilité américaines empêchent qu'un criminel, aussi infâme puisse-t-il être, soit passé à tabac par le policier censé l'arrêter.
Entre la compassion sincère pour les proies qu'il cherche à protéger et la rogne non moins sincère vis-à-vis de leurs prédateurs, Christopher Peter Meloni serait l'archétype du héros un peu border line et imprévisible, à la fois rempart et dépositaire d'une Eglise puritaine, dans une bonne conscience communément admise, et toujours à la limite du politiquement correct. D'un côté, le père et mari modèle, communiant chaque dimanche à la paroisse, flic intègre, nécessaire reconnaissance du droit des victimes par la justice, etc. De l'autre, brutalité et désir de vengeance partagé, envies de meurtres, manque de recul agressif. Si ses accès de colère sont forcément légitimes, Elliot tombe souvent les deux pieds dedans. « C'est moi le spécialiste du pétage de plombs », souffle-t-il une fois à Benson (celle-ci ayant fait du « Stabler » au cours d'un interrogatoire).
Etiquette de macho viril bien évidemment assumée, il avoue que la chose qu'il « préfère chez lui est son sens de l'humour ». « Je le tire de l'absurdité de la vie », ajoute-t-il. Sur son biceps gauche, il arbore une représentation cubiste du Christ crucifié, « une voix lui ayant dit de le faire ». Quant à l'élaboration dudit tatouage : « Deux ans à le ruminer, deux jours pour le dessiner, et deux heures pour le faire. »
DE L'AUTRE COTE DE LA BARRIERE
En tout cas, autodérision ou pas, son personnage, dont la rigueur morale et les doutes suscités par l'échec de son mariage sont très appréciés aux USA, lui a valu plusieurs nominations aux Emmy Awards et un passage sur grand écran. Dans NYPD Blue, il se fait connaître par son interprétation d'une petite frappe, violente – déjà – et forte tête, avant de récidiver dans la série carcérale et communautariste Oz de Tom Fontana, sur HBO.
Il y incarne l'embarrassant Chris Keller, psychopathe sexuellement perturbé et condamné à 88 ans de réclusion pour double meurtre (entre autres). D'abord piloté par l'affreux Vern Schillinger (J.K. Simmons, Dr. Emil Skoda dans quelques Law & Order SVU), chef du clan des « Aryens », qui lui demande de trahir son compagnon de cellule, le malheureux Tobias Beecher (Lee Tergesen), il finit par tomber amoureux de lui, se révélant alors étrangement tendre et pris de remords. La quête de rédemption de Keller est l'une des pierres angulaires de l'intrigue principale. Dans le même temps, grâce à un coup de piston, il intègre l'équipe de Dick Wolf, un proche de Tom Fontana.
Il combine alors les deux, détenu psychotique et flic rigide. Epuisé par cette double transgression et ces allers et retours compliqués, Meloni se décide à quitter le pénitencier d'Oswald l'année suivante, en cours de saison 4, avant de revenir pour une dernière pige et de tirer le rideau en 2003.
« Parler de ma relation avec Lee [Tergesen, avec qui il a une aventure homosexuelle dans Oz] est un peu comme manger une grosse glace au chocolat bien grasse. Je sais que c'est mauvais pour moi, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je me surprends à le faire tout le temps, j'en rêve sans cesse. J'essaie de m'en débarrasser... », dit-il quant à son interprétation du bisexuel Chris Keller. Sur son statut d'icône gay, il paraît pourtant plutôt à l'aise. Pour preuve, ses innombrables apparitions publiques où il roule un patin à ses potes de travail. A propos de son partenaire, à la question de savoir qui embrassait le mieux, Tergesen enfonçait le clou : « C'est Meloni ! Quand j'embrasse ma femme, ça ne me rapporte pas un sou. »
Parangon du décloisonnement actuel des stars des grands networks audiovisuels, Meloni, qui vient de fêter ses 48 ans, exerce son temps libre au 7e art, après avoir rempilé pour une dixième saison de SVU éreintante et quasi crépusculaire. Même s'il s'interrogeait encore sur la suite, hésitant à renouveler son contrat avec NBC. Une histoire d'augmentation de salaire réclamée de concert avec sa complice de toujours (Hargitay, autre pilier inamovible du show) qui est restée en travers de la gorge des dirigeants de la chaîne.
Car pour l'essentiel d'une carrière passée à écumer les plateaux de séries TV, où il s'est imposé, chaque semaine sur le poste, Meloni n'est pas demeuré prisonnier de son rôle. Il y a encore quinze ans, il serait sans doute resté Stabler. Pour traquer les pervers, sa rétribution annuelle avoisine tout de même les 6,5 millions de dollars (à peu près 330 000 $ par épisode).
VERVE COMIQUE ?
Moitié italien, moitié québécois, on le confond, à ses débuts, avec le comédien canadien Elias Koteas – la ressemblance est, il est vrai, frappante – et certains critiques lui trouvent de faux airs d'un jeune Robert De Niro. Fils d'un endocrinologue, diplômé en histoire à l'université de Boulder, l'ancien quarterback de son lycée endosse assez naturellement les rôles très physiques. C'est à la fin de la décennie 80 qu'il se fait connaître, avec la sitcom 1st & Ten sur HBO, dans laquelle il s'amuse en vedette des « California Bulls », une équipe ringarde de football américain. Il y croisera O. J. Simpson.
Apparu dans L'Armée des douze singes et Las Vegas Parano de Terry Gilliam, le natif de Washington éprouve parfois une veine comique inattendue. En témoigne sa petite composition de l'obsessionnel entraîneur de foot Bob Kelly, prétendant de Julia Roberts face à Richard Gere dans le sentimental Just married (ou presque). Légèrement allumé, Meloni y traite les névroses d'une ravissante emmerdeuse qui ne sait pas ce qu'elle veut comme si elle était sa patiente.
A l'été 2005, les journalistes du cru étaient tout émoustillés de voir débarquer son imposante stature dans la capitale irlandaise. Il devait y jouer Eddie Carbone, dans la pièce d'Arthur Miller, A View from the bridge (Vu du pont), au Gate Theatre, à Dublin. « J'étais complètement claqué. J'ai eu à peine un jour de repos après neuf mois de tournage de SVU. Mais vous ne pouvez pas tourner le dos à Arthur Miller et laisser passer une telle opportunité. Cela va être douloureux, un sacré challenge pour moi », confie-t-il alors au Sunday Independant.
Ayant achevé récemment le tournage du thriller The Stepfather, on le verra également dans une comédie à sketches, Dirty Movie, qu'il a cosignée, et Nights in Rodanthe, une romance avec Richard Gere et Diane Lane.
Meloni possède donc une palette plus complète. Guest star dans une livrée de la sitcom médicale Scrubs, il compose le savoureux pédiatre ventriloque Dave Norris, rival disjoncté de Perry Cox – le médecin sadique martyrisant ses internes (John G. McGinley). A contre-courant de ce que le public américain attend de lui, et sans se départir de ses habitudes – yeux plissés et très pince-sans-rire –, Stabler fait merveille dans l'excentricité. Lui était demandé de comparer les deux rôles : « Bien, dans l'un [Law & Order], je cours partout avec un flingue et ne rigole pas beaucoup. Dans l'autre [Scrubs], je cours partout avec un stéthoscope et rigole beaucoup, avec une marionnette sur ma main. Alors, je veux dire, lequel est le plus absurde ? Dites-le moi ! »